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LA PEUR DE MOURIR... OU LA PEUR DE NE PAS AVOIR PLEINEMENT VECU ?

silhouette d'un homme dans le tourbillon de la vie ou de ses pensées

Une peur universelle


Il arrive qu'un patient s'assoie dans le fauteuil face à moi et me dit « J'ai peur de mourir. »

C'est une phrase que j'entends régulièrement au cabinet. Elle est parfois exprimée avec des mots. D'autres fois, elle se cache derrière des crises d'angoisse, des attaques de panique, une hypervigilance au moindre symptôme physique ou une inquiétude permanente pour sa santé.


Cette peur est profondément humaine. Elle nous relie tous à une même réalité : notre existence est limitée.


Pourtant, au fil des années et des rencontres, une question s'est imposée à moi...


Quand la peur change de visage


Et si, dans certains cas, la peur de mourir n'était pas seulement la peur de la mort... mais aussi la peur de ne pas avoir véritablement vécu ?


Je ne prétends pas que ce soit toujours le cas. Certaines personnes sont confrontées à la maladie, au deuil, à un traumatisme ou à un trouble anxieux qui rendent cette peur envahissante. Leur souffrance est réelle et ne peut être réduite à une simple réflexion philosophique. Mais il arrive aussi que cette angoisse révèle quelque chose de plus profond.


Ce que la clinique nous apprend



homme âgé, pensif

Lorsque nous prenons le temps d'explorer ce qui se cache derrière cette peur, les mêmes thèmes reviennent souvent.

« Je n'ai pas fait les choix que je voulais », « J'ai vécu pour répondre aux attentes des autres. »

« J'ai toujours remis mes projets à plus tard. »,

« J'ai peur de partir avant d'avoir été moi-même. »


Curieusement, la conversation quitte alors la mort pour revenir vers la vie.

Comme si la mort devenait le révélateur d'une existence qui demande encore à être habitée.


Au cabinet, j'ai rarement vu la peur de mourir s'apaiser parce que la personne avait trouvé une réponse sur la mort. Je l'ai plus souvent vue s'apaiser parce qu'elle avait retrouvé un élan vers la vie.

Cette observation n'est pas une vérité universelle. Elle ne concerne pas toutes les peurs de la mort, et encore moins celles liées à la maladie ou à la souffrance. Mais elle invite à une question essentielle : que révèle cette peur de notre manière de vivre ?


La mort comme un miroir de notre existence


La philosophie nous aide à comprendre ce paradoxe. Depuis l'Antiquité, les Stoïciens nous rappellent que méditer sur notre mortalité n'a pas pour but de nous rendre tristes. Bien au contraire. Se souvenir que notre temps est limité nous oblige à distinguer l'essentiel de l'accessoire.



homme qui se regarde dans un miroir

Plus tard, les philosophes existentialistes montreront que c'est précisément notre finitude qui donne sa valeur à chaque décision.


Si nous étions immortels, rien ne serait vraiment urgent. Rien n'aurait véritablement de poids.


La mort n'est donc pas seulement une fin. Elle est aussi un miroir. Elle éclaire la manière dont nous avons choisi — ou non — de vivre.


La clinique rejoint souvent cette intuition philosophique.


Quand la vie reprend sa place


jeune femme heureuse, épanouie

Lorsque l'angoisse diminue au fil du travail thérapeutique, ce n'est pas toujours parce que la personne a trouvé une réponse définitive à la question de la mort. C'est parfois parce qu'elle commence enfin à vivre autrement :

Elle ose dire non, elle reprend un projet abandonné, elle accepte de quitter une relation qui l'éteint, elle se réconcilie avec un proche, elle ralentit, elle cesse de vouloir tout contrôler, elle s'autorise, enfin, à exister.


Et presque paradoxalement, à mesure que la vie reprend sa place, la mort perd parfois une partie de son pouvoir. Non parce qu'elle disparaît., mais parce qu'elle cesse d'occuper tout l'espace !


Il existe une phrase du philosophe Montaigne qui traverse les siècles :

« Philosopher, c'est apprendre à mourir. ». On l'a souvent comprise comme une invitation à penser la mort. Je crois qu'on pourrait aussi l'entendre autrement.


Apprendre à mourir, c'est peut-être apprendre à vivre sans remettre son existence à demain, car ce qui effraie le plus n'est pas toujours la disparition, c'est la possibilité d'arriver au terme de sa vie avec le sentiment d'être passé à côté d'elle.


Alors, plutôt que de chercher à faire taire immédiatement la peur de mourir, nous pourrions peut-être lui poser quelques questions : Que cherche-t-elle à protéger ?

Que vient-elle révéler ? Quelle partie de notre vie réclame aujourd'hui d'être davantage écoutée ?


Ecouter sa peur, c'est essentiel !


La peur est souvent perçue comme un ennemi. Pourtant, au cabinet, j'observe qu'elle peut aussi devenir une messagère. Elle nous rappelle que le temps est précieux, qu'aucune existence ne peut être reportée indéfiniment, et que la seule manière d'apprivoiser notre finitude n'est peut-être pas de chercher à oublier la mort, mais de choisir, chaque jour un peu plus, d'habiter pleinement notre vie !


Et si la vraie question était ailleurs ?


La peur de mourir n'est peut-être pas une ennemie à combattre à tout prix. Parfois, elle est le langage d'une partie de nous qui aspire à vivre plus intensément, plus librement, plus fidèlement à ce que nous sommes.


Bien sûr, toutes les peurs de la mort ne racontent pas la même histoire. Certaines sont liées à la maladie, au deuil ou à un trouble anxieux et méritent d'être accueillies avec toute la délicatesse qu'elles exigent. Mais quelle que soit leur origine, elles nous invitent souvent à nous arrêter un instant...


À regarder notre vie autrement...


Alors, avant de chercher à ne plus avoir peur de mourir, peut-être pouvons-nous nous demander :

« Suis-je en train de vivre la vie que je voudrais avoir vécue ? »

Et si cette question fait naître en vous plus d'angoisse que de réponses, sachez qu'il n'est pas nécessaire de la traverser seul.


Dans mon accompagnement, j'utilise notamment la sophrologie pour aider les personnes à apprivoiser leurs peurs, à retrouver un sentiment de sécurité intérieure et à remettre la vie au cœur de leur existence. Car l'objectif n'est pas d'effacer l'idée de la mort, mais de lui redonner sa juste place, afin qu'elle ne nous empêche plus de vivre pleinement.



Sandrine BUATOIS, Sophrologue, Relaxologue, Infirmière, Praticienne en massage sonore et massage californien sur ESPELUCHE (26)


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