LA PEUR DU REGARD DE L'AUTRE : comment s’en libérer… et retrouver confiance
- Sandrine BUATOIS

- 6 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 heures

La peur du regard de l’autre n’est pas nouvelle : depuis toujours, l’être humain cherche la reconnaissance, l’acceptation, l’appartenance à un groupe. Mais ce qui frappe aujourd’hui, c’est l’ampleur que ce phénomène a prise. Adolescents, adultes, voire enfants, tous semblent soumis à une même pression invisible : celle d’être vus, aimés, validés. Dans un monde saturé d’images, où chacun s’expose et s’évalue en permanence, le regard d’autrui devient à la fois une quête et une menace.
Pourtant, un paradoxe saisissant se dessine : plus nous cherchons à plaire, plus nous nous replions sur nous-mêmes. Alors que les réseaux sociaux prétendent nous relier, ils creusent souvent la distance, nourrissant une société du paraître où l’attention à l’autre s’étiole.
Comment comprendre ce double mouvement, entre peur du jugement et indifférence croissante ?
Ce paradoxe révèle-t-il une crise du lien social ou une mutation plus profonde de notre rapport à nous-mêmes et aux autres ?
I. Le regard de l’autre, miroir tyrannique d’une société du jugement
Le regard de l’autre a toujours joué un rôle structurant dans la construction de l’identité. Cependant, notre époque a transformé ce regard en instrument de mesure permanente. Les réseaux sociaux, les émissions de télé-réalité, ou encore les standards esthétiques imposés par la publicité, ont fait du jugement une norme quotidienne. Le « like » est devenu la nouvelle unité de valeur sociale. On ne vit plus simplement, on se met en scène. Chaque photo, chaque opinion, chaque geste devient une vitrine de soi.

Cette exposition continue engendre une forme d’angoisse collective : la peur de ne pas être assez, de ne pas correspondre, de décevoir. Le regard d’autrui, autrefois ponctuel, est devenu ubiquitaire : il est partout, tout le temps. Les enfants eux-mêmes s’y soumettent dès l’école, où l’apparence et la popularité se mesurent en abonnés plutôt qu’en amitiés réelles.
Mais cette dictature du regard extérieur ne vient pas de nulle part : elle s’enracine dans une société de performance où chacun doit prouver sa valeur. Le regard de l’autre devient alors non plus un moyen de reconnaissance, mais un tribunal permanent.
II. L’obsession de l’image de soi : une défense contre la peur
Face à cette pression, chacun cherche à se protéger. Et la stratégie la plus courante consiste à contrôler son image, à se construire une identité « présentable».

On soigne son profil, son corps, son discours, son mode de vie — tout devient matière à narration. Mais en voulant échapper au jugement, on finit par l’intérioriser. Le regard de l’autre devient un regard intérieur, une voix critique qui ne nous quitte plus. Ce phénomène touche particulièrement les adolescents, en quête de repères, mais aussi les adultes, pris dans la spirale du « personal branding » (technique marketing permettant de mettre en valeur un individu)
Ainsi, au lieu de libérer, la culture de l’image enferme. Chacun se transforme en metteur en scène de soi, prisonnier d’un rôle qu’il a lui-même écrit pour être aimé;
C’est ici qu’apparaît le paradoxe : plus on se concentre sur sa propre image, moins on prête attention à celle des autres. À force de scruter notre reflet dans le miroir, nous devenons indifférents à ce qui n’entre pas dans notre cadre.
III. Le paradoxe moderne : hyperconnexion et solitude du moi
Ce repli narcissique est sans doute la dimension la plus troublante du phénomène.

Jamais nous n’avons autant communiqué, partagé, interagi — et pourtant jamais nous ne nous sommes sentis aussi seuls.
Les réseaux sociaux créent l’illusion d’une communauté, mais celle-ci repose souvent sur la comparaison et la mise en scène, non sur l’écoute et l’empathie. On commente plus qu’on ne comprend, on « suit » sans vraiment s’intéresser.
Ainsi, chacun redoute le jugement des autres tout en cessant de les regarder vraiment. Le regard se fait superficiel, rapide, algorithmique, réduit à des statistiques de vues ou de likes. Le lien humain, lui, s’efface.
Ce paradoxe révèle une crise plus profonde : celle de l’altérité. L’autre n’est plus un être à rencontrer, mais un miroir dans lequel on se contemple. On ne cherche plus à comprendre l’autre, mais à se rassurer sur soi.
C’est sans doute là le véritable fléau : une société où l’on craint le jugement tout en perdant la capacité de juger avec humanité.
IV. La sophrologie : un chemin pour se réconcilier avec soi-même
Face à cette société du regard et de la comparaison, la sophrologie offre une autre voie : celle du retour à soi, dans la bienveillance. Là où le monde extérieur nous pousse à nous juger, la sophrologie invite à se rencontrer. Par la respiration, la détente corporelle et la visualisation positive, elle aide à apaiser le mental, à relâcher les tensions liées à la peur du jugement et à reconnecter le corps et l’esprit.

Apprendre à habiter pleinement son corps, à ressentir, à écouter ses émotions sans les juger, c’est déjà changer de regard : on cesse d’être son propre critique pour devenir son allié. Peu à peu, la confiance se reconstruit, l’estime de soi s’enracine, et le regard des autres perd son pouvoir.
La sophrologie nous rappelle une vérité essentielle : l’image que l’on renvoie importe moins que la présence que l’on incarne. En se recentrant, chacun peut retrouver une forme de liberté intérieure — celle d’être soi, tout simplement, sans masque ni peur.
Dans un monde saturé de jugements, apprendre à se regarder autrement devient un acte de résistance douce. La sophrologie, en réconciliant le corps et l’esprit, ouvre peut-être la voie vers cette liberté d’être que nous avons, au fond, tous perdue de vue.
Pour conclure
La peur du regard de l’autre, amplifiée par les technologies, les médias et la culture du paraître, est devenue l’un des grands maux contemporains. Elle façonne nos comportements, nos relations, nos identités. Mais le plus inquiétant est peut-être ce paradoxe : à force de vivre sous le regard d’autrui, nous avons cessé de voir les autres.
Sortir de cette spirale suppose de réapprendre à regarder — non pour juger, mais pour rencontrer. Il faudrait redonner au regard sa dimension humaine : celle qui relie, qui reconnaît, qui écoute. Car le vrai courage, aujourd’hui, n’est peut-être pas de plaire, mais d’être, et la sophrologie peut alors s’avérer une véritable alliée dans notre recherche d’authenticité.
Sandrine BUATOIS, Sophrologue, Relaxologue, Infirmière et Praticienne en massage sonore, Praticienne snoezelen chez Studio Sophr'Ose à ESPELUCHE (26)
Rédaction Janvier 2026




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