GENERATIONS ALPHA, BÊTA : CE QUE LES ENFANTS D’AUJOURD’HUI NOUS OBLIGENT A REPENSER
- Sandrine BUATOIS

- 11 févr.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 févr.

Quand les mots arrivent avant la compréhension
Depuis quelques années, de nouveaux mots se glissent dans nos conversations : génération Z, génération Alpha, bientôt génération Bêta. Ils apparaissent dans les médias, les discussions éducatives, parfois dans les salles de classe ou autour des tables familiales. Ces termes semblent vouloir mettre de l’ordre dans un sentiment diffus : celui que les enfants et les adolescents d’aujourd’hui ne ressemblent plus à ceux d’hier.
Face à des comportements qui nous déconcertent – un rapport différent à l’autorité, au temps, à l’attention, aux écrans – nommer devient une manière de se rassurer. Mais comprendre une génération, est-ce vraiment la réduire à une étiquette ? Ou ces mots peuvent-ils au contraire devenir des points d’appui pour réfléchir autrement à notre rôle d’adulte ?
Cet article propose de prendre un pas de côté : comprendre d’où viennent ces classifications générationnelles, ce qu’elles disent – et surtout ce qu’elles ne disent pas – puis interroger nos propres postures face aux enfants d’aujourd’hui.
D’où viennent les générations ? Une construction sociale avant tout

L’idée de « génération » n’est pas nouvelle. En sociologie, elle désigne un groupe de personnes nées à une période proche et marquées par un contexte historique, culturel ou technologique commun.
Grandir pendant une guerre, une période de prospérité ou une révolution technologique n’est pas anodin : ces événements influencent les valeurs, les représentations et les manières d’être au monde.
Cependant, les générations que nous connaissons aujourd’hui – X, Y, Z, Alpha – ne sont pas issues d’une théorie scientifique stricte et universelle. Elles sont largement construites par des démographes, des chercheurs en sciences sociales, mais aussi par les médias et le monde du marketing. Leur objectif n’est pas de décrire des personnalités individuelles, mais d’identifier des tendances générales.
Les noms eux-mêmes en disent long : après la génération X, le Y et le Z ont suivi une logique alphabétique. Arrivés au bout de l’alphabet latin, certains chercheurs, comme le démographe australien Mark Mc Crindle, ont proposé de repartir avec l’alphabet grec, donnant naissance à la génération Alpha, puis Bêta. Ce choix symbolique suggère un nouveau cycle, une ère différente.
Il est essentiel de garder cela en tête : ces catégories sont des outils de lecture du monde, pas des vérités figées.
Panorama rapide des générations récentes
Sans prétendre à l’exhaustivité, quelques repères permettent de situer ces générations.

La génération X, née approximativement entre le milieu des années 1960 et 1980, a grandi dans un monde en mutation, marqué par la fin des grandes idéologies et l’émergence des premières technologies numériques. On lui attribue souvent une forme d’indépendance et de scepticisme face aux institutions.

Les Millennials, ou génération Y, nés entre les années 1980 et le milieu des années 1990, ont connu l’arrivée d’Internet et des téléphones portables. Ils sont souvent décrits comme en quête de sens, attachés à l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle.

La génération Z, née à partir de la fin des années 1990 jusqu’à 2009, a grandi avec les réseaux sociaux et les smartphones. Elle évolue dans un monde plus connecté, mais aussi plus anxiogène, avec une forte conscience des enjeux sociaux et environnementaux.

Enfin, la génération Alpha, née à partir de 2010, est la première à avoir grandi dès la petite enfance dans un environnement saturé d’écrans, d’algorithmes et, désormais, d’intelligence artificielle. Ces enfants ne découvrent pas la technologie : ils naissent dedans.
Mais là encore, prudence. Ces descriptions parlent de contextes, pas d’enfants particuliers. Aucun enfant ne se résume à sa génération.
Ce qui déstabilise souvent les adultes aujourd’hui
Si les générations Alpha suscitent autant de débats, c’est peut-être parce qu’elles mettent en lumière des décalages profonds entre les cadres éducatifs hérités du passé et les réalités actuelles.

Le rapport à l’autorité en est un exemple frappant. Beaucoup d’adultes ont été élevés dans des modèles où l’autorité allait de soi : l’adulte décidait, l’enfant obéissait. Aujourd’hui, cette autorité « automatique » semble moins opérante. Les enfants questionnent, négocient, résistent parfois ouvertement. Ils ont accès très tôt à une masse d’informations qui relativise la place de l’adulte comme unique détenteur du savoir. En quelques clics, ils peuvent vérifier, comparer, contester.
Mais le changement ne s’arrête pas là ! Les enfants sont aussi davantage exposés aux réalités et aux fragilités du monde adulte. Ils entendent parler de difficultés financières, de problèmes professionnels, de séparations, de peines de cœur. Ils sont parfois mêlés, malgré eux, aux préoccupations qui autrefois restaient davantage dans la sphère des adultes.
Peu à peu, l’image d’un adulte tout-puissant, sûr de lui et omniscient s’effrite. L’adulte apparaît plus humain, mais aussi plus vulnérable. Cette perte d’idéalisation peut entraîner une perte de crédibilité aux yeux de certains enfants : si l’adulte ne sait pas tout, s’il doute, s’il traverse lui-même des difficultés, pourquoi lui obéir sans questionner ?
Est-ce un manque de respect ? Ou le signe que l’autorité non expliquée n’est plus suffisante dans un monde où l’information est accessible partout, tout le temps ?
Le rapport au temps et à l’attention interroge également. L’immédiateté des contenus numériques façonne d’autres rythmes, d’autres attentes. L’ennui devient difficilement tolérable, là où il était autrefois considéré comme normal, voire formateur.
Ces constats dérangent parce qu’ils nous obligent à nous demander si nos exigences sont encore adaptées au monde dans lequel grandissent les enfants.
Et si le vrai déplacement était du côté des adultes ?

Plutôt que de chercher à « corriger » les enfants pour les faire rentrer dans des cadres anciens, une autre voie consiste à interroger nos propres postures.
Faire autorité aujourd’hui ne signifie peut-être plus imposer sans expliquer, mais poser un cadre clair, stable et compréhensible. Une autorité relationnelle, fondée sur la cohérence et la confiance, plutôt que sur la peur ou la domination.
De même, la transmission du savoir évolue. L’adulte n’est plus le seul détenteur de l’information. En revanche, il reste essentiel comme repère, pour aider à trier, contextualiser, donner du sens. Accompagner devient parfois plus important qu’enseigner.
Enfin, accepter que l’enfant ne nous prenne plus systématiquement pour modèle est un renoncement difficile. Cela suppose de tolérer une part d’incertitude, de ne pas tout maîtriser, et de reconnaître que grandir aujourd’hui ne ressemble plus à ce que nous avons connu.
Des pistes de réflexion, plutôt que des solutions

Il n’existe pas de recette universelle pour « bien » éduquer la génération Alpha. En revanche, certaines questions méritent d’être posées.
Que signifie exercer une autorité juste dans un monde en mutation permanente ? Les enfants ont-ils besoin de plus de règles, ou de règles mieux expliquées ?
Que disent nos agacements face à leurs comportements ? Parlent-ils réellement des enfants, ou de notre difficulté à lâcher prise sur certains repères ?
Comment rester adulte – c’est-à-dire garant d’un cadre – sans écraser, comment accompagner sans contrôler ?
Ces questions n’appellent pas de réponses définitives, mais ouvrent un espace de réflexion fécond.
Conclusion – Grandir ensemble dans un monde qui change
Chaque génération a, un jour, inquiété la précédente. Les enfants d’aujourd’hui ne font pas exception. Ce qui change, peut-être, c’est la vitesse à laquelle le monde évolue, rendant nos anciens repères parfois obsolètes.
Les générations Alpha et Bêta ne sont pas des problèmes à résoudre, mais des miroirs. Elles nous renvoient à nos peurs, à nos habitudes, à nos résistances au changement.
Comprendre ces générations, ce n’est pas chercher à les faire entrer dans le monde d’hier. C’est accepter de repenser, avec elles, notre manière d’habiter celui d’aujourd’hui.
Sandrine BUATOIS, Sophrologue, Relaxologue, Infirmière, praticienne en massage sonore sur ESPELUCHE (26)
Rédaction Février 2026




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